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Journal de bord Madère - Martinique / samedi 24 février 2018

Jour 14.

Avant-dernière ou dernière vacation.

Difficile d'écrire et de décrire ce que nous ressentons avec mon fidèle ami Cyrille à environ 24 h de l'arrivée.

En effet, nous ressentons un double sentiment qui nous envahit et qui ne nous quitte plus. Ce double sentiment est un subtil mélange de bonheur immense et de déception non négligeable.... Pas

facile à vivre.

 

Je vais commencer par le côté négatif pour finir par le meilleur (comme en dégustation de vin... tiens, d'ailleurs, on en prendrait bien un verre !).

 

Nous ne pouvons pas cacher notre immense déception de ne plus pouvoir nous battre pour le classement compte tenu des problèmes techniques que nous avons à bord maintenant (machoires de tangon HS, trous dans la grand voile, spi lourd déchiré, poulie de chariot de grand voile au bord de la rupture, etc.).

Il est clair que toute proportion gardée cela n'est pas comparable à un démâtage ou à une voie d'eau. Mais, nos problèmes techniques ont décidé pour nous de ne plus pouvoir nous battre pour défendre notre si belle 18ème place que nous maîtrisions. Je dis notre si belle place car elle représentait un super résultat compte tenu de l'expérience de tous les marins de la flotte et de l'énergie que nous avons mis dans cette course depuis le 10 février, date du départ de cette fameuse Transquadra.

Les grains ont eu raison de nous et nous devons l'accepter de manière très humble. Nous en avons largement déjà parlé mais être pris dans un grain est quelque chose de violent, et encore plus la

nuit... C'est une expérience de fou.

L'autre point négatif est le fait que nous nous sommes blessés avec Cyrille lors de ce fameux grain. Cyrille a été bien ouvert par la bôme et les choses auraient pu être pire. Et pour moi, un genou est dans un triste état et me fait souffrir. Un bilan médical sera je pense nécessaire à notre arrivée.

Pour clore le côté négatif, j'ajouterai que nous sommes également déçu pour l'ensemble de nos partenaires et associations qui nous soutiennent de ne pas les avoir fait vibrer jusqu'au bout car, au travers des messages, on sentait une ferveur qui nous poussait encore plus, qui nous portait pour aller chercher le meilleur de nous-mêmes, et le meilleur de notre fidèle compagnon FORCE 28. Et Dieu sait s'il a souffert parfois...

Nous aurons l'occasion de vous le dire de vive voix à notre retour, mais nous tenons vous remercier pour votre soutien de chaque instant, pour votre accompagnement, pour vos messages affectueux, pour vos sourires, pour votre présence. Nous sommes ô combien sensibles et réceptifs à ce que vous nous donnez.

Nous allons finir cette belle Transquadra du mieux possible avec les moyens du bord, mais sachez que nous avons toujours fait et donné le meilleur de nous-mêmes et de Force 28, sans jamais rien lâcher !

 

Et si nous passions au côté positif !

Nous avons vécu une expérience humaine incroyable avec mon ami Cyrille, et notre compagnon de mer FORCE 28. Cette course est magnifique car elle vous amène au dépassement de soi d'une manière très subtile, sans que vous vous en rendiez compte. Qui aurait cru il y a 3 ans, lorsque le projet est né, que nous y arriverons de cette manière ?

D'un point de vue personnel, il est clair que nous sommes enchantés d'avoir pu réaliser un rêve d'enfant : traverser l'atlantique sur un bateau de course.

On pourra dire : on l'a fait !!!

Forcément, vivre son rêve vous amène à un enivrement exquis qui vous remplit la tête et le corps. C'est un ressenti que nous souhaitons à chacun de vivre, c'est juste magique !

Mais au-delà de notre ressenti personnel, il ne faut pas oublier la cause qui nous pousse depuis 3 ans à relever ce défi : le diabète.

Nous sommes fiers de porter des messages d'espoir à tous les patients atteints par cette maladie incurable. J'espère que nous avons pu à tous vous transmettre cette force qui nous anime. Ne lâchez rien, battez-vous, prenez votre vie en main, ne laissez pas cette pathologie silencieuse vous priver de vos envies les plus folles... Ne dites jamais : "Non, ce n'est plus possible...".

Pour conclure, Cyrille a dit une phrase très juste hier soir : "Nous sommes des compétiteurs déçus mais des marins heureux...".

Voilà, j'en ai fini avec ce qui ressemble très certainement à la dernière vacation à bord de Force 28 sur la Transquadra 2017/2018. On vous embrasse.

Les Cyril(le)